Portraits de dos (2001)

Le dos peut-il prendre le relais du visage?

Pour moi l’identité est une notion floue, un agencement constant d’expériences, quelque chose qui peut à la fois se reconnaître par un ensemble de signes mais qui ne peut à aucun moment être cerné.

La fascination qu’exerce sur nous le visage peut en rendre sa représentation irréalisable. Répondant à André Breton qui disait que tout le monde savait ce qu’était un visage, Alberto Giacometti avoua ne pas le savoir.

« L’homme de dos entretient l’attente du visage qui, tel un mystère différé, devra se révéler. Par le manque, il rend précieux le visage. » (Georges Banu)

L’être de dos est quelqu’un qui refuse de me faire face, il cache, préserve une grande part de lui même. Je suis dans l’attente, ou l’impatience, de le voir de face mais le médium photographique supprime toute possibilité de combler cette frustration. Dans une situation réelle, un appel ou un dialogue pourrait l’amener à se retourner. Là, la situation est figée. Il est présent mais à distance. Il me renvoie éternellement à son opacité, je n’ai aucun moyen d’en savoir plus que ce que la photo me donne à voir.

Il me renvoie à la distance qui évolue et résiste entre les autres et moi, moi et les autres. C’est parce que je bute sur l’autre que j’ai la sensation qu’il existe et que j’existe. Il y a une image de nous que les autres ne perçoivent pas, et on ne connaît pas soi même toutes ses facettes ; le dos et le mur donnent forme à cette limite.

Cette image de l’autre de dos provoque en moi une insatisfaction, un agacement. Elle devrait m’ennuyer, me laisser indifférent puisqu’il n’y a pas de visage, que le corps perd en partie son volume, mais elle me déstabilise parce qu’elle est un portrait sans en être vraiment un, elle me montre cet individu dans sa singularité mais se rapproche de l’anonymat.


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